Tribune

Agile : HomeWork, Covid-19 & Uberisation

David Michelin

Publié

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Excelsior

En cette période de confinement, le télétravail prend un essor inattendu. Boudé il y a encore quelques années, il a désormais le vent en poupe.

D’abord poussé par les grèves à répétition et le mouvement des gilets jaunes, les sociétés ont été contraintes de s’adapter et ont pour bon nombre découvert les bienfaits de cette nouvelle organisation du travail. Oui mais vouala, travailler de chez soi, souvent avec les enfants, n’a pas la même saveur quand on le choisit que quand il nous est imposé.

De ce fait, on reste là pendu au téléphone ou devant son ordinateur, avec pour perspective une fois la journée de travail terminée : la vie de famille pour certains, la solitude pour d’autres.

Il n’est donc pas possible de travailler en continu sur un projet et  chacun travaille une partie d’un document, le livre en mode collaboratif et applique souvent sans le savoir un peu de Scrum, un peu d’agile. Bref se débrouille.

Je me suis dit : « Génial ! Enfin… puis, à lire les blogs, les expériences en podcast comme : « TO-Step », j’ai fini par y voir un pattern un peu déplaisant qui augure d’une répartition des tâches un peu ancienne : L’OST.

Datant du XIVeme siècle, l’OST (Organisation Scientifique du Travail) a largement été utilisée lors de la 2nde Révolution Industrielle, puis au XXème siècle. « Le Fordisme » en est un bel exemple.

Ah, « le Fordisme » :

  • Répartition des tâches,
  • Mécanisation des tâches

Aujourd’hui, on nous vend une nouvelle méthodologie :

  • Grand tableau
  • Post IT
  • Feutre

Pour faire quoi au final ? Répartir les tâches ?!

Alors, attention, on modernise hein ! On package les titres des postes :

  • Un développeur devient un « Software Engineer »
  • Un chef de projet devient un « Product Owner »

Cependant, si on applique la méthodologie, on retourne vers de la non-qualification du personnelle, ou du moins sa spécialisation. Ce qui est un peu l’antinomie de ce qui est recherché.

Plus nous sommes polyvalents dans une entreprise, plus sa productivité et qualité augmentent.

Évidemment : un développeur (Oups, Software Engineering) possède des connaissances business, il ne va pas produire le même code ou faire les mêmes remarques..  On aura donc une information qui circule plus vite, plus efficacement.

Uber est devenu, bien malgré lui, un symbole d’une utilisation des ressources pour une tâche spécifique, à savoir : Conduire un client d’un point A vers un point B ; nous ramenant bien loin en arrière ( l’OST, Remember ? )

Bon du coup, pourquoi ce titre ?

Eh bien c’est simple : à force de tordre des modèles, d’en perdre l’essence, on finit par produire l’inverse de ce qui est attendu et recherché, à savoir :

·      Sortir des anciens modèles de répartition du travail

Un Exemple ?

·      « Je me vois appeler par un grand compte pour revoir une organisation en interne. A force d’échanges avec les équipes, je me rends compte qu’ils ont subi une première vague de transformation à base de Lean. Je creuse et je finis par comprendre que sous couvert de Lean, un plan de suppressions de poste a été mis en place. Du coup, me voir arriver avec mon beau message de liberté ne les a pas du tout séduit et il a fallu un long temps pour retrouver leur confiance »

Comment remédier à cela ?

Travailler chez soi ne veut pas dire travailler seul, cela veut dire travailler en confiance. Dans le livre de Daniel Ollivier : « Manager, le travail à distance et le télétravail », on trouve un focus intéressant sur le savoir-faire et le savoir-être des managers face à cette nouvelle activité.  C’est bien là que le bât blesse (pour ceux qui ne le savent pas: le bât est un dispositif en bois placé sur le dos des bêtes de somme, qui peut causer des plaies). Etant donné que le passage au télétravail a été contraint et non voulu, on retrouve d’anciens réflexes de contrôle :

·      Je veux bien qu’on fasse un point par jour pour aller dans le même sens. (autrement dit : vérifier)

A contrario, je pense que les Entreprises ont là une formidable opportunité de faire confiance et de déléguer des responsabilités et de donner au manager un autre scope d’engagement. Cela me rappelle un des 12 principes de l’Agile :

« Réalisez les projets avec des personnes motivées. Fournissez-leur l’environnement et le soutien dont elles ont besoin et faites-leur confiance pour atteindre les objectifs fixés. »

D’autre part, dans le fait de disséquer une tâche et la renvoyer vers une typologie de personnes, l’entreprise n’investit pas dans son « Capital Humain » (oui, c’est comme ça que l’on dit maintenant) et se prive donc d’une ressource qui peut à terme lui permettre d’augmenter sa productivité.

Alors, faites confiance à vos équipes, ne tombez pas dans le travers « Ubérisation » en ces temps de confinement.

Donc s’il est encore temps :

Prenez le temps de préparer vos équipes au Télétravail.

·      Où en sommes nous ?

·      De quoi avez-vous besoin ?

·      Notre secteur est-il adapté ?

Préparer le temps du retour d’expérience quand le temps du déconfinement sera venu.

Éviter de suivre de trop près vos équipes, aidez-les plutôt à passer ce moment difficile pour tous.

Bref, il faut faire confiance …

Anticipez ce mouvement, préparez les nouvelles « great place to work »

 

Take Care

David