Tribune

Le Métavers changera-t-il le marché de l’art?

Denis Santelli

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galerie d'art

18 mois devant les écrans à regarder de l’art en ligne ça rend fou mais ça change tout!

Comme beaucoup d’autres secteurs, le monde de l’art a été durement touché par les confinements. Les foires d’art internationales ont été annulées ou reportées et les galeries fermées. Les professionnels de l’art se sont donc digitalisés par obligation. La transformation numérique tant attendue du monde de l’art s’est opérée dans l’urgence. Les expositions virtuelles se sont succédé. L’exercice est pourtant difficile, le virtuel, n’est pas le cœur de métier de la galerie ou du musée. Comment proposer une alternative plus avancée que la simple visite en 360° d’un espace culturel?

Un “virtual tour” réalisé avec Matterport c’est tout de même assez chiche en terme d’expérience, l’interaction est limitée, la communication, le partage et la socialisation en sont exclus.  Malgré tout, selon le Rapport Hiscox 2020, la majorité des plateformes d’art en ligne s’attendent à un effet positif de l’épidémie sur le marché en ligne à long terme mais cette tendance va-t-elle s’installer ou les activités reprendront leur cours normal dès que la pandémie se terminera ? A 65% ces mêmes acteurs pensent que la crise actuelle entrainera une mutation permanente et profonde. Profonde ? Un euphémisme!

Pendant que nos pouces scrollaient mécaniquement sur Instagram de nouveaux acteurs ont fait péter la banque!

En novembre 2017, une bande de gamins de Vancouver publiaient une collection de cartes illustrées de chatons sur une plateforme en ligne, les CryptoKitties. L’idée était de créer une application décentralisée sur la blockchain Ethereum. Ce micro-événement, l’une des premières applications fun et grand public d’une crypto-monnaie est en réalité la naissance d’un écosystème radicalement nouveau, basé sur la vente d’actifs virtuels qui va changer l’histoire d’internet, le marché de l’art et donc l’histoire de l’art, rien de moins!

En peu de temps, l’engouement pour les CryptoKitties prend des proportions vertigineuses. Toute une communauté se crée autour de ce marché de la carte à collectionner. Lors d’une journée standard, entre 500 et 700 chatons sont vendus et achetés, avec un prix de vente moyen compris entre 20 et 25 euros la première année. Aujourd’hui on en trouve à 150 000 euros ! Autant dire que des dizaines de milliers de spéculateurs issus du monde des crypto-monnaies se sont rués sur ce nouveau marché et que de nombreuses marketplaces ont été créées pour faciliter les échanges. Après ces chatons mignons sont arrivés une foultitude de crypto-actifs à collectionner. Selon une étude publiée par NonFungible.com, le marché des jetons non fongibles (NFT) a triplé en 2020, la valeur totale des transactions augmentant de 299% sur un an à plus de 250 millions de dollars. Il est probable qu’en 2021 le marché passe la barre du milliard. De nombreux proposent leurs créations, certains sont déjà devenus d’immenses stars dans ce secteur. Les prix de leurs œuvres s’envolent et rejoignent ceux des artistes les plus chers du marché de l’art traditionnel.

Qu’est-ce qu’on va bien pouvoir faire de tous ces crypto-machins ?

Les utiliser dans un nouveau monde digital pardi ! Oui bien sûr parce que maintenant qu’il existe un système économique solide pour arroser de crypto-pepettes les nouveaux territoires numériques, les plateformes de mondes virtuels en 3D se multiplient. Les dinosaures du numérique jurassique sont présents, Facebook avec Horizon et Microsoft avec AltspaceVR mais est-ce qu’ils vont remporter la mise? Rien n’est moins sûr. Le studio Epic Games, auteur de Fortnite, vient de réaliser une nouvelle levée de fonds de 1,8 milliard de dollars pour accélérer le développement d’expériences sociales dans le Métavers et prendra un rôle central dans ce nouvel internet. Le directeur de produit de Roblox, Morgan Tucker n’a qu’un objectif : construire des mondes virtuels immersifs pour le Métavers! Parallèlement de nombreuses applications décentralisées construites directement sur la blockchain Ethereum déploient leurs plateformes comme Decentraland, Somnium Space ou encore Cryptovoxel et se présentent déjà comme de sérieux challengers.

Mais au fait, quésaco le Métavers ?

Le mot «Métavers» est une contraction de «Méta-univers». On trouve pour la première fois ce terme dans «Snow Crash», un roman de science-fiction de Neal Stephenson publié en 1992. Le Métavers est un nouvel internet ludique et social en 3D, un univers virtuel, partagé dans lequel les utilisateurs sont représentés par des avatars. Dans cet immense jeu vidéo on peut socialiser, se divertir, jouer, faire du business, exposer, organiser des événements, assister à des concerts, des conférences, se former, travailler,… Ces univers 3D sont construits à l’aide de moteurs de jeu comme Unreal ou Unity qui deviennent de véritables OS du Métavers comme Android ou IOS sont les OS des smartphones. L’accès au Métavers se fait sur PC, console de jeux, smartphone et bien sûr à l’aide casque de réalité virtuelle.
En 1995 il n’y avait que 14 millions d’internautes dans le monde, aujourd’hui il y a déjà 2,5 milliards de joueurs qui découvrent les mondes virtuels chaque jour. Il y a en ce moment un boum de l’immobilier dans le Métavers, les parcelles de différentes plateformes se vendent en NFT à des prix exponentiels. Acheter une parcelle bien située c’est un peu comme avoir la première place dans un résultat de recherche Google et c’est aussi devenir copropriétaire de la plateforme. Lorsque vous êtes propriétaire vous pouvez louer, construire un musée, créer votre showroom, tout ce que vous voulez.

Et l’art dans tout ça ?

Au début du XXème siècle, les Demoiselles d’Avignon de Picasso et l’Urinoir de Duchamps ont changé l’histoire de l’art, les mouvements se sont enchaînés. L’expressionnisme abstrait, l’Op art, le Minimal art, l’art conceptuel, le Pop art, et j’en passe. En ce début de XXIème siècle, il ne s’est pas passé grand-chose dans l’histoire de l’art à part l’essor du street art. On peut considérer que l’avènement de l’art numérique dans le Métavers est certainement un tournant qui marquera l’histoire. Vous avez des doutes? Qu’est-ce qui fait un nouveau mouvement artistique? Une forte communauté, des artistes leaders talentueux, un nouveau regard sur le monde, de nouveaux collectionneurs audacieux et une pensée structurée. Tous ces éléments sont réunis aujourd’hui.
Bienvenue dans l’art du XXIème siècle!

Les galeries, les musées et les centres d’art ont tout intérêt à se ruer dans le Métavers !

Christie’s, Sotheby’s, et même Drouot, l’ont bien compris et organisent des ventes spectaculaires d’art numérique. De grands collectionneurs de NFT construisent leur propre musée pour valoriser leur collection. Le but est simple, revendre des pièces achetées pour quelque dollars à des prix exorbitants, il n’est pas rare de voir des pièces achetées 0.5 ETH il y a 18 mois alors que l’ethereum était à 200 euros et revendues aujourd’hui à 2000 ETH soit plus de six millions d’euros. La rentabilité d’un investissement en art numérique dans le Métavers dépasse largement celle du Bitcoin ! Il y a peu de marchés et d’activités qui connaissent des envolées exponentielles en 2021, L’art en NFT en est un ! Tout se passe dans des territoires complètement inexplorés, selon des codes nouveaux, le tout dans une frénésie absolument incroyable, le marché ne cesse de croître, il est planétaire, contre toute attente, l’art est un des piliers de ces mondes virtuels. Bien sûr il y a beaucoup de productions dont la qualité peut être discutée mais si vous fouillez un peu vous trouverez les Egon Schiele, les Wharol et les Murakami de demain.

OK je veux y aller, c’est par où l’entrée ?

Twitter est votre guide, les hashtags #Metaverse, #NFT, #NFTart, #CryptoArt, #nftcollectors, vous aiderons à trouver des informations. Vous pouvez visiter les plateformes citées dans l’article, vous trouverez également des startup françaises dont Metafoly spécialisé dans l’accompagnement des entreprises dans le Métavers. En avant pour le nouvel internet du XXIème siècle !

 

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